Alpha Condé, le président guinéen, mince et réservé, s’était retiré dans sa large suite du Four Seasons de Georgetown, mercredi soir, à la fin d’une longue journée de réunions au Congrès.

 

Le président qui est âgé de 77 ans avait des poches sous les yeux, et ses collaborateurs craignaient qu’il n’apparaisse fatigué sur les photos. Mais il y avait encore beaucoup de choses à faire, et le président du pays ravagé par Ebola a échangé son costume bleu marine contre une chemise orange ample et une paire de pantalons noirs et a continué à travailler tard dans la nuit.

 

Le pasteur Jesse Jackson était venu de Chicago pour soutenir Condé, son ami de longue date – un ami qu’il appelle affectueusement un camarade “combattant de la liberté”.

 

Un peu plus tôt dans la journée, ils avaient assisté à une réception donnée par le groupe parlementaire noir. Ils étaient maintenant réunis dans la suite de Condé, attendant l’arrivée à 20 heures d’Ellen Johnson Sirleaf et Ernest Bai Korona, les présidents du Libéria et de la Sierra Leone.

 

Je suis venu comme son invité spécial” a dit Jackson au Washington Post. “ Il est le bâtisseur de toute une nation. L’héritage sur lequel il construit est celui de la renaissance et de la stabilité”.

 

Après un échange de poignées de mains, des propos chaleureux et les flashes des caméras, Jackson est parti. Alors, les trois présidents – peut-être le trio de chefs d’Etat le moins chanceux jamais réuni dans une suite du Four Seasons – se sont mis au travail et ont commencé à se préparer pour une réunion stressante avec la Banque mondiale qui devait avoir lieu dans 36 heures.

 

Ensemble, ils devaient essayer de convaincre le monde qu’ils avaient besoin de la somme colossale de 8 milliards de dollars d’aide – une sorte de “ PlanMarshall” ressemblant à celui conçu pour l’Europe après la deuxième guerre mondiale.

 

Tout au long de la semaine, Condé a jonglé de réunions de jour– dont l’une avec le président Obama – à des rencontres en soirée avec ses proches, invitant de vieux amis comme Jackson, et cherchant de nouveaux alliés, plaidant pour une aide financière et une plus grande attention pour son pays en difficulté.

 

“N”est-ce pas que ce que les présidents sont supposés faire?” a-t-il demandé, assis à la table de sa suite, dans laquelle son portrait est exposé sur un chevalet. “Ces problèmes sont beaucoup plus importants qu’un seul individu. Mais la réalité est que, lorsque vous êtes un chef, ils reposent sur vos épaules”.

 

Sa visite s’est déroulée avec toute la pompe qui accompagne tout dignitaire étranger à Washington. Des agents gardaient sa suite, des bâtons de détection de métal à la main, et fouillant les sacs de tous les visiteurs. Son entourage allait de son médecin personnel au ministre des mines.

 

Mais il y avait aussi les tristes revers de venir d’un “pays à Ebola”. Tous les membres de la suite devaient chaque jour signaler leur température au département de la santé de Washington, et ils avaient reçu des modèles de téléphone mobile démodés programmés avec le numéro des Centres de contrôle et de prévention des maladies, juste pour le cas où.

 

Il y a plus de 15 mois un bambin est entré en contact avec une chauve-souris infectée dans le village guinéen de Meliandou, qui est devenu le centre de la pire épidémie d’Ebola au monde. La mystérieuse maladie – pas encore identifiée alors comme Ebola – s’est rapidement répandue à travers la vaste région forestière du pays puis a traversé les frontières poreuses du Liberia et de la Sierra Léone voisins, tuant plus de 10.000 personnes en Afrique de l’Ouest.

 

Condé a enduré de nombreuses difficultés au cours de ses 77 ans. Il a vécu la majeure partie de sa vie en exil en France. En 1998 après qu’il eût brigué la présidence de son pays en tant que chef d’un parti d’opposition, il a été enlevé et emprisonné pendant deux ans , un acte critiqué par les organisations internationales de droits de l’homme.

 

Condé a été élu président de justesse en 2010, lors des premières élections libres depuis que la Guinée a obtenu son indépendance de la France en 1958. Il doit de nouveau affronter le verdict des urnes cet automne.

 

C’est quelqu’un qui a vécu constamment en danger et sous pression permanente” déclare Alpha Mohamed Condé, le fils unique du président, âgé de 45 ans, qui a accompagné son père à Washington et est resté à ses côtés pour traduire de français en anglais et inversement.

 

Mais au cours de l’année passée, la pression a été différente de tout ce que le président avait ressenti avant – un sentiment de profond isolement du reste du monde alors que se répandait la panique.

 

“Il est devenu l’incarnation de la peur et de la honte” a dit son fils.

Au cours de la semaine écoulée, le président s’est trouvé dans une embarrassante situation politique – le besoin de présenter un front unifié des trois pays et en même temps souhaitant en privé une aide un peu plus grande pour sa Guinée bien aimée. Le Libéria et la Sierra Léone ont souffert d’un plus grand nombre de morts et ont reçu une aide beaucoup plus substantielle, dont la présence de 3000 militaires américains au Libéria.

 

“Au départ, la perception de la magnitude de la tragédie était plus grande concernant la Sierra Léone et le Libéria, car les gens pouvaient voir la situation tragique dans les deux capitales” a dit Condé. “ La Guinée a donc été perçue comme étant d’une certaine façon moins affectée”.

 

Lorsque Condé s’est rendu au Congrès, il a perfectionné son plaidoyer. La Guinée peut traverser une mauvaise passe, mais regardez 2014 et voyez la croissance économique potentielle qu’elle a, a-t-il souligné. Le pays a une mine de ressources naturelles – y compris de la beauxiste et du fer – et Condé a fait miroiter les importantes réformes dans le lucratif secteur minier.

 

Le président a obtenu l’attention de la représentante Karen Bass, démocrate de Californie, qui l’a rencontré mercredi et a dit qu’elle allait voir ce qui pourrait être fait à la Chambre.

 

“Etant donné que notre engagement en Guinée a été beaucoup plus important, n’y a-t-il pas un moyen d’augmenter le soutien à la Guinée? a-t-elle dit, notant que Condé était “réservé, humble et extrêmement digne”. Elle a aussi perçu son inquiétude persistante.

 

Le simple fait d’être au Congrès était excitant pour Condé. Il est devenu un peu émotionnel, évoquant son premier voyage en Amérique en 1962. Il était alors étudiant à Paris et avait passé un an aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme d’échange. Il se souvient d’une discussion politique particulièrement animée avec Bobby Kennedy, un déjeuner avec Martin Luther King et le moment précis où il a appris la mort de Marilyn Monroe.

 Mais l’excitation de mercredi est retombée. Lorsqu’il s’est réveillé jeudi au Four Seasons, Condé s’est senti démoralisé. Il s’est rendu compte que c’était le 16 avril. Il y a quelques mois, il avait annoncé une campagne pour éradiquer Ebola en 60 jours. Cela voulait dire que le 15 avril serait certainement un jour de gloire. Mais il venait de rater une autre date-butoir et il avait brisé une autre promesse faite aux Guinéens.

 

“C’est un être humain” explique Khalil Kaba, le chef de cabinet-adjoint du président. “Parfois il a aussi des moments de découragement”.

 

Kaba a essayé de lui remonter le moral. Une nouvelle longue journée les attendait et il avait besoin que Condé soit “ au mieux de sa forme”. Mais le président était frustré et il avait besoin de se libérer en se plaignant de tout ce qui avait été perdu.

 

“Ebola a tué nos compatriotes, et il a fait des nous des parias” a-t-il dit à Kaba. Celui-ci lui a rappelé ses réussites et combien ils étaient près de ne plus avoir un seul cas d’Ebola dans le pays.

 

“Allons-y, Monsieur le Président” a dit Kaba pour l’encourager. “Nous avons prouvé que nous pouvons y arriver.Courage, courage, courage”.

 

Après avoir reçu les encouragements dont il avait besoin, Alpha Condé est retourné au Congrès pour y rencontrer un autre élu. Ses collaborateurs ont dit que c’était le meilleur entretien de la semaine. Le jour suivant, il s’est levé à 5 heures pour la réunion à la Banque mondiale. Là, le président de l’institution a annoncé un nouvelle aide financière pour les trois pays affectés par Ebola.

Dimanche, les bagages du président étaient rassemblés alors qu’il s’apprêtait à regagner son pays. Il s’est assis dans sa suite pour faire le bilan d’une semaine très chargée. Grand amateur de marche, il a regretté de n’avoir pu voir la ville à pied, ajoutant en souriant que c’était difficile à faire quand vous avez les agents du Secret Service derrière vous.

 

Condé a reconnu que la matinée de jeudi avait été difficile pour lui. C’est dur de se débarrasser du sentiment que tant de promesses ont été perdues pour son pays, a-t-il observé. Mais il a souri et hoché de la tête quand il a évoqué sa rencontre avec Obama et d’autres personnalités.

 

Quand Alpha Condé s’est couché samedi soir, il s’est senti en paix comme il ne l’avait pas été depuis longtemps.

 

“Pour une fois, j’ai bien dormi”, a-t-il dit.

 

Par Amy Brittain journaliste reporter (Washington Post), traduit en français par AlloConakry. Pour la version originale en englais, cliquer le lien ci-dessous.

 

http://www.washingtonpost.com/lifestyle/style/guineas-president-bears-the-weight-of-what-ebola-has-done-to-his-country/2015/04/19/d587daa2-e450-11e4-b510-962fcfabc310_story.html?hpid=z13

 

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